Le hérisson dans un pot de chambre

Découverte ce matin (lundi 18 mars 2019), au fond d’un ancestral pot de chambre, du cadavre desséché d’un hérisson. C’est que je rangeais le touchou (ou tout’chou), sorte d’appenti plein d’outils anciens et de matériel de jardinage plus récent dans quoi il faut faire la part des choses, jeter, trier, conserver encore un peu et préserver de la pourriture, occupé en somme à un exercice d’archéologie familiale des plus attentif et précautionneux, quand j’ai remarqué une forme grise lovée au fond du récipient à usage nocturne, compacte et ramifiée. Secoué et remué le pot de chambre, pensé à un champignon, un lichen, tâté l’objet, sursauté et conclu à une gueule de hérisson, à ses piquants, à ses pattes blanchies. Grosse bête tout de même, dont l’arrondi impeccable suit bien les limites du pot de chambre pour former une demi-sphère d’aspect floral ; les insectes de la mort n’ont dévoré que les parties molles de l’animal, ne laissant qu’une anémone de piquants bien ordonnés.

Que de vieux pots de chambre soient remisés chez nous au rayon jardinage avec les pioches décaties, les sarcloirs démanchés et les bèches rouillées, n’étonnera que les moins habitués des greniers familiaux, caves, celliers et remises où le passé tombe lentement en poussière sans souci de mise en ordre temporelle ou de classement pratique. Notre passé est désordonné, oui, oui, voilà, vous parlez d’une découverte et après tout, on sait bien que l’annexe de la chambre funéraire de Toutankhamon est pleine d’un bric à brac mal rangé, mis sens dessus dessous autant par les pilleurs d’antique que par les chercheurs de trésors. Ce hérisson, c’est donc un de nos oushebtis à nous, figurines funéraires, et le pot de chambre notre vase canope : tout’chou-sépulture et hérisson-momie : la mort est un fatras, notre passé un dédale,  les maisons familiales des nécropoles.

Les deux objets mortuaires sont maintenant indissociables, le pot de chambre (que j’ai bien connu, enfant) et le cadavre du hérisson, gueule ouverte ; je vais les sortir de là, du tout’chou, les ranger ensemble dans mon atelier à moi, tourner autour, noter décrire photographier expliquer, egyptologiser ou pire faire de l’art ou un rapport de fouilles à partir des figures zoomorphes découvertes ce matin. Et puis je vous laisserais dégringoler l’escalier funéraire de l’immémoriale métaphore ancestrueuse : notre mémoire ? Un  vase de nuit. Nos souvenirs ? Des cadavres raidis. Nos fantômes ? Des momies hérissées. Vivre ? Poussière.

A noter : notre pot de chambre émaillé de bleu avait été repeint de blanc, bien dans la manière de mes oncles bricoleurs. De mon père, aussi. Dans la maison de famille, on trouve ainsi de très nombreuses traces de ces arrangements réparateurs         de ces raffistolages incessants            écaillures               fils de fer        cales        cimentations             clous                    vis                       pointes                          chatertons                              que je conserve soigneusement, vous pensez bien…Rénover un pot de chambre, faut l’faire…

hop du balai