Marie Pochon (Les Écologistes) réélue dans la troisième circonscription de la Drôme. Résultats détaillés à Chabeuil.

A CHABEUIL, MARIE POCHON ( Les Écologistes, pour le NFP) INVERSE LA TENDANCE DU PREMIER TOUR ET DEVANCE ADHÉMAR AUTRAND (LR-Ciottiste, soutenu par le Rassemblement National) QUI FAIT TOUT DE MÊME UN SCORE SOLIDE. POCHON : 52 % (2029 voix), CONTRE AUTRAND 48 % (1866 voix). CONSTITUTION D’UN PARTI ‘NI-NISTE’ LOCAL A L’AVENIR INCERTAIN, QUI RECUEILLE 9,4 % DES VOIX. MARIE POCHON EST RÉÉLUE DÉPUTÉE DE LA TROISIÈME CIRCONSCRIPTION DE LA DRÔME AVEC 56,6 % DES VOIX,CONTRE 43,4 % À ADHÉMAR AUTRAND. Analyse bureau par bureau du scrutin chabeuillois.

Toujours une très bonne participation à Chabeuil pour ce deuxième tour des élections législatives, à 72,3 %, dans la moyenne de la 3e circonscription (75%). On rappelle qu’au deuxième tour de 2022, cette participation tournait autour des 50 %. L’écart est donc considérable, sans qu’on puisse dire à coup sûr quel camp politique a tiré parti de cette mobilisation.

Avant la très puérile dissolution de l’Assemblée Nationale par le président de la République, Marie Pochon était députée de la troisième circonscription de la Drôme, dont dépend Chabeuil. Elle avait été élue en 2022, mais avec un score chabeuillois qui la plaçait en deuxième position derrière la sortante macroniste de l’époque, Célia de Lavergne ( 43 % ). En 2024, elle fait sensiblement mieux et rassemble 2029 voix (52 %) contre Adhémar Autrand (1866 voix, soit 48 %), un inconnu localement (et partout ailleurs) qui représente la tendance ciottiste des Républicains, soutenue par le Rassemblement National en la personne de Philippe Dos Réis, son suppléant. Marie Pochon gagne 800 voix par rapport au premier tour (on verra plus bas d’où viennent ces voix supplémentaires), ce qui manifeste une belle progression. Dans le même temps, Adhémar Autrand quant à lui ne progresse que de 490 voix.

Hormis aux dernières européennes, jamais le Rassemblement National n’avait obtenu un aussi bon résultat à Chabeuil, jamais présent en tous cas au deuxième tour d’une législative ou de tout autre scrutin local (départementales, etc…) Le score solide d’Adhémar Autran est à mesurer à cette aune : le Rassemblement National progresse dans une ville qui oscille d’ordinaire entre centre gauche (Pertusa maire PS puis LaREM pendant de longs mandats) et droite républicaine (Mariton-LR député jadis bien implanté à Chabeuil). Si Marie Pochon arrive en tête à Chabeuil, il n’empêche qu’elle ne gagne que dans trois bureaux sur six, laissant les trois autres glisser vers le RN. En tête donc aux bureaux 1 et 2 (centre ancien et faubourg proche), très nettement et plus légèrement au bureau 4 (lotissements récents), Marie Pochon finit derrière dans les trois autres bureaux chabeuillois : bureau 2 (ville-campagne, direction Nord Est), bureau 3 (lotissements vieillissant et néanmoins centraux) et surtout hameau de Parlanges, au tropisme d’extrême-droite qui finit par se remarquer.

Incontestablement, Marie Pochon doit sa progression en voix à un très fort travail de campagne, tractages sur le marché à de nombreuses reprises, rencontres aux sorties d’école, porte-à-porte soutenus, etc… Les autres équipes en présence, celle notamment de son adversaire du deuxième tour ayant été tout à fait absente à ces rendez-vous d’explication, mais celle aussi d’Alban Pano, maire de Chabeuil, présent au premier tour (suppléant sur un ticket LR-stricto censu) mais arrivé quatrième en ville et donc sacqué au second tour, dont la campagne a été au bout du compte très faible, ont fait pâle figure devant la mobilisation des équipes de Marie Pochon. Ces dernières ont vu arriver en soutien de très nombreux volontaires. Ceux-là, et plus souvent encore celles-là, particulièrement soucieuses et soucieux de ne pas laisser le Rassemblement National venir à l’Assemblée nationale : ils et elles ont retourné Chabeuil et ses environs. Mêmes causes et mêmes effets dans les petites communes environnantes : Marie Pochon fait de bons résultats à Combovin (57%), Peyrus (57%), Châteaudouble (61,5 %), Barcelonne (59,5%), Ourches (58%), en somme tout le pays de La Raye, le long de la montagne, en descendant vers Crest. La prime bien sûr à La Baume Cornillane (65 %), haut lieu parpaillot et qui, à ce titre, ne vote ja-mais à droite.

Au total, Marie Pochon doit son élection au sud de sa circonscription, c’est très net, où elle semble maintenant intouchable tant ses soutiens (élus, associations, société civile) sont nombreux et où elle fait des scores spectaculaires (Die, Nyons, les Baronnies, Crest etc…) et où son travail parlementaire a eu un impact notable. Et un peu à Chabeuil…sans plus…où il a fallu aller chercher les voix, pour contenir le Rassemblement National.

Mais Marie Pochon, non moins incontestablement, en tous cas à Chabeuil, a bénéficié de bons reports de voix en provenance du centre macroniste. Lander Marchionni (Ensemble : majorité présidentielle, cornaqué par Bernard Buis, influent sénateur de la Drôme ) avait obtenu près de 800 voix au premier tour du 30 juin, bon score à Chabeuil, dans la stricte moyenne de la circonscription. Il pouvait se maintenir ; il s’est désisté très vite, dès le lundi qui suivait le premier tour, dans des termes très clairs, appelant à faire battre Autrand et Dos Réis. La clarté et la rapidité de ce désistement a permis à ses explications de bien passer dans son électorat : 800 voix, c’est précisément la marge de progression de Marie Pochon entre les deux tours à Chabeuil, sa réserve de voix. Au bureau 4 par exemple, Lander Marchionni faisait son meilleur score à Chabeuil, souvenir sans doute des très bons résultats ici de Célia De Lavergne en 2022. Or, Marie Pochon passe en tête au deuxième tour dans ce même bureau par ailleurs passablement droitiste, indice supplémentaire de ce bon report macroniste à Chabeuil.

A l’examen de ces reports de voix, on comprend que le front républicain, qui a été l’évènement marquant de ce deuxième tour dans tout le pays, a fonctionné à Chabeuil où l’imprégnation centro-macroniste n’a semble-t-il pas disparu. Et ce front républicain avait été précédé d’un autre front, populaire celui-là, facteur d’union à gauche, facteur de mobilisation. Cette mécanique, improvisée dans l’urgence d’une dissolution précipitée, a bien plutôt bien marché dans la troisième circonscription, à la surprise générale. A Chabeuil aussi.

Du mouvement politique qu’on vient de décrire, le parti LR-classic s’est abstrait. La formule était à ce propos : ‘ni-ni’, très en vogue dans la Drôme et le valentinois où la daragonie-LR avait fait passer la consigne : ni extrême droite, ni Pochon, puisque son alliance avec La France Insoumise, faisait d’elle une ‘extrémiste’. Bon…sans commentaires. Alban Pano, maire de Chabeuil, est membre des instances locales des Républicains : il est délégué de ce parti dans la troisième circonscription. Il était par ailleurs suppléant de Patricia Picard, conseillère régionale des plus transparente, vaguement connue dans le secteur de Suze-la-Rousse ; à eux deux, ils ont fait un petit 8 % au premier tour dans la troisième circonscription. Faiblard, et pas de quoi se maintenir. Mais ils ont rassemblé un modeste 17,8 % (754 voix, ce qui les a placé à la quatrième place à Chabeuil, la ville donc du suppléant Pano). Perdants, ils ont appliqué au deuxième tour le mot d’ordre national de leur parti, amplifié et bétonné localement par Nicolas Daragon, le féodal du coin, ci-devant maire de Valence. Résultat, le ‘ni-ni’ du maire de Chabeuil a conduit à un accroissement considérable du nombre des bulletins blancs ou nuls en ville, portés à 406 voix, soit 9,4 %, du jamais vu. Voix nulles et blanches qui ont de fait manqué à Adhémar Autrand pour doubler Marie Pochon à Chabeuil, puisque l’écart de voix entre les deux n’est finalement que de 163 au deuxième tour. Doit l’avoir mauvaise, notre ciottiste. Mais on voit bien que le compte n’y est pas : toutes les voix LR-Classic ne sont pas restées bloquées dans le ‘ni-ni’ d’Alban Pano : nombre d’entre elles, un peu moins de la moitié, sont allées au RN au second tour. On pressent bien sûr que ce ‘ni-ni’, une posture d’appareil en somme, n’est qu’un fusil à un coup : les électeurs LR vont bien vite s’habituer à voter direct RN, pour s’assurer d’une efficacité électorale ‘de droite’.

Bloqué par le ‘ni-ni’ de la droite classique, empêché par le désistement de Lander Marchionni, dépassé par la mobilisation à gauche, débordé par les efficaces alliances locales du Front populaire, Adhémar Autrand pourrait se bercer d’amertume, et l’avoir mauvaise, comme on disait tout à l’heure. Que non pas. Citation (Dauphiné Libéré du lundi ! juillet) : ’…plus de 7000 nouvelles personnes [au 2e tour] nous ont fait confiance. Il y a une dynamique très forte qui s’est inscrite, annonciatrice de victoires futures. Il y a énormément de communes où on est arrivés en tête. En 2026, je le rappelle, il y a les municipales’. Et c’est donc signé par un LR-Ciotti, qui n’a plus politiquement qu’un objectif : bouffer localement les Républicains de stricte obédience, que leur ni-ni n’a (faiblement) protégé que de manière très éphémère.

Deux député.es de gauche dans la Drôme : Marie Pochon dans la troisième circonscription et Paul Christophle (PS, pour le Front populaire) dans la première, dont dépend Valence. Avec, pour ce dernier de très beaux scores à Valence-ville, qui vont sans aucun doute changer la donne pour les prochaines municipales, en tous cas à gauche. Versus deux députés d’extrême droite, à Montélimar et à Romans. A Romans le maintien imbécile et têtu d’Emmanuelle Anthoine, pourtant sortie en troisième position au premier tour, a finalement favorisé l’élection de Thibaut Monnier, proche de Marion Maréchal, premier élu RN dans une quatrième circonscription de la Drôme qu’elle lui a donc offert sur un plateau. Elle avait été élue à 58 % en 2022 ; elle chute maintenant très lourdement et parachève la défaite de LR-Drôme. Lucide, elle analyse très froidement la situation : ‘il y a une porosité entre l’électorat LR et RN. C’est clair et net’. Dans la Drôme, LR et Nicolas Daragon prônaient un ‘ni-ni’. Ils obtiennent un ‘et-et’ en forme de tenaille, entre gauche et RN. ‘Porosité’ il y eut, porosité il y aura…voir comment ça va se manifester à Chabeuil…

claude meunier

hop du balai