Un groupe dont je fais partie, mais qu’on ne connaît pas et dont on ne distingue personne, erre dans un paysage urbain-campagnard (Hameau, bosquets, haies. Très ordinaire. Le hameau est très étendu). Effet de lenteur. Des cours de fermes, des allées ; les maisons sont désertées, personne, scène détaillée de murs décrépis, de colonnes vaguement grecques. Une voix dans le rêve explique qu’on doit assister à une vente aux enchères, surprise de ma part, comme une révélation. Et donc je visite des empilements de matériaux, des tuiles, des planches, des vieux volets. Attentif. La recherche est appliquée. Intérieur : perspective très longue d’un large couloir, qui dessert de très nombreuses pièces fermées. Couleur ocre beige, écaillée. Porte dégonguée et posée de travers : dérèglement de la perspective, effet visuel inquiétant, détail des moulures du chambranle. Cette contemplation est gâtée bientôt par une panique qui me prend : je n’ai pas pris d’argent. J’en cherche, poches, sac, re-poches, etc…tâtonnements. Pas d’argent, je ne pourrais rien acheter, ce qui m’affole, sans que le rêve m’explique pourquoi, mais qui change sa tonalité. D’ailleurs, on ne voit pas les vendeurs, ni la salle des ventes ; c’est devenu un prétexte à la promenade inquiète. Je me perds dans le hameau et tente d’en sortir. Une homme, rondouillard, plutôt élégant, habillé de couleur claire d’un genre qui semble anglais (?) farfouille dans les décombres, la vente tourne au rebut ; il en tire de drôles de coussins de céramique ébréchée, qu’il prend sous le bras.
Je trouve refuge dans une pièce très peuplée, repas serré, d’une même famille. Très reconnaissable, ce sont les Darrasse en rang serré, pas individués, mais distingués par leur air de famille, caricatural. Sans doute : le hameau de la vente rappelle Morogues, où nous invitait Lionel [les souvenirs rattrapent le récit onirique] dans notre jeunesse, une certaine richesse désuette et ‘à chevaux’. Bruits de rires, nombreuses exclamations (tohu bohu inquiétant) inaudibles, qui correspond là encore au souvenir que j’ai de cette famille, nez proéminents, grande gueule des hommes. Le père me parle, ça reprend sa manière, gouailleuse et sympathique, mais ronchonnante et dominatrice, difficile à déchiffrer. Mais il a une moustache, et il est jeune. Il se moque de moi (habitude de sa famille) et me parle de pneus neufs, avec quoi j’aurais roulé imprudemment. A n’y rien comprendre, je ne réponds rien. Rires encore et moqueries de Lionel et de ses frères, envahissement sonore. Mais la mère, jeune elle aussi, sort du groupe, belle, brune, cheveux tirés ; elle est debout sur la table, les autres sont écartés ; elle me fait goûter (un aïoli ? Goût fort en tout cas) un bol de sauce. Et me tend la main gauche, que je saisis de la main gauche, signe complice et cajolant. Lionel hurle : ‘diplomatie, diplomatie, triomphe de la diplomatie…’