Je dors chez les Sprang, à Champigny, dans la chambre de leur file Juliette. Nuit très agitée, dont, au matin, il ne me reste que le souvenirs imprécis de deux scènes seulement :
-1- une vague conversation, avec qui ? Saccadée, décousue, où je répète sans cesse : fauqu’j’arrête, à très haute voix, Cris. C’est pu possib’. Je pars, la nuit, dans une ville basse et tassée, sombre. -2 une scène de chaos, vrac, collection d’objets, tous familiers, qui proviennent d’un déménagement (cartons, rebut etc…), plateau de table, pieds de chaises, où je sauve (très précisément, détails) de petits objets fragiles, demi-noisettes (?) . Je répète en soupirant : c’est pas facile, on sait pas quoi garder, les petites choses, les petites choses.
Au réveil, réflexion immédiate : c’est le souvenir de la soirée d’hier, désagréable, et continuation et l’effet de tristesse que ça m’a fait. C’était un repas d’anniversaire à la guinguette de Joinville, peuplée d’amis de Philippe, très riants et sympathique, familiers les uns des autres, tous anciennes gloires du journal Actuel. Je ne parle qu’au seul Philippe van Eersel, qui est le plus ‘liant’ (sans doute injuste) On parle longuement de la mort de Léon Mercadet. Mais choc, quand Philippe m’apprend après le repas que la vieille dame à qui je faisais face, grande allemande, épaisse et décoiffée, fatiguée, pas gaie est l’ancienne femme de Bernard Zekri, que j’avais rencontrée à un réveillon joyeux, superbe resplendissante, active et très maternante. Tristesse aussi de son amie, qui la voisine, ex-compagne de Mercadet ; elle dit perdre la vue et décline les preuves. Je me tais peu à peu, ne sais plus quoi dire, retiré ; je me disais : et toi, tu vas dire quoi quand l’un ou l’autre va te demander où tu en es, ce que tu fais, et banalités normales et attendues.Ce qui n’a pas manqué, et j’ai dit sèchement, mais pas sûr que c’est été remarqué : j’ai rencontré Philippe dans le journalisme, Figaro, Nouvelles Littéraires, ce qui n’était pas la question. Et j’ai dit (geste de la main) : et puis j’ai tout arrêté. Coupé court. mal à l’aise, bête et impoli.
Et c’est sans doute ce qui a accablé mon rêve : la pression du temps, de la mort, des mises en ordre, des rangements douloureux, de l’examen de ce qui reste, vieilli. Passe en revue ce qui encombre. Le soir, au retour de la guinguette : amas d’objets, très beaux, leur brocante présentée par Laurence, chez les Sprang, avant le coucher, envolée d’objets qu’il faut considérer, ce qu’on en fait, ce qui en fait le prix.
Hier à la guinguette, c’était mon bal des têtes, têtes blanchies du Temps retrouvé, la mort qui s’avance, tous changés, ou morts. Et la panique que ça a imprimé à mon rêve.