Courte sélection de films d’Akira Kurosawa au cinéma LUX à Valence : Le Château de l’araignée, La forteresse cachée et Sanjuro. Déjà vu Le château de l’araignée (souvenir d’un film piège, enfermé et fantastique), je vais voir la Forteresse cachée le mardi 26 Août, juste avant une séance avec les amis de Culture ciné de Chabeuil, que je retrouve pour voir Dégel (Chili, 2026), film très politique, secret, fermé et hanté, mais au langage cinéma trop appuyé. Je cours d’une séance à l’autre, pour au total, une très bonne après midi de cinéma. retour en voiture avec les amis, discussion critique, très bien.
La Fortessse cachée (1958) est formellement superbe, à l’esthétique très bien conduite et bien articulée, noire et blanche. Littéralement, la forteresse cachée est une zone désertique et montagneuse, caillouteuse et pentue, tout à fait inhospitalière où se réfugient par hasard deux pitres ridicules, des paysans qui fuient la guerre de deux clans ennemis, dans le Japon ancien des guerres de la guerre des shoguns. Couards, veules et grimaçants, très drôles, ils sont le peuple qui fuit la guerre comme ils peut. Les premiers temps du film sont pris dans cette montagne blanche et minérale, et le brouillard envahit le paysage. Nos deux pitres rencontrent un samouraï, du clan des vaincus, qui les introduit dans le coeur de la forteresse cachée, grottes, passages secret, puis les conduit à une source, sombre, riche, vivante. C’est le premier point de bascule stylistique du récit : près de cette source secrète, nocturne et fertile, on rencontre une princesse et un vieux sage, des chevaux, bref : la légende du pays profond, l’Histoire : de quoi repartir à la conquête du pays perdu. S’en suivent des batailles, toujours dangereusement indistinctes et toujours sombres, elles aussi.
Deuxième moment de bascule formelle : les fugitifs chargés d’or rencontrent une procession religieuse, sonore, rythmée de tambours et de chants, agitée ; la scène est longue et finit dans une fête païenne, un feu de purification, violent et agité. Nocturne et enflammée, c’est la réussite du film, initiatique, où tout se transforme : la princesse en sort bouleversée (apte à régner désormais) et leur chargement d’or est fondu, opération quasi alchimique : leur nouvelle richesse est purifiée, et leur retour au pays, une fois la frontière enfin franchie, est enfin possible. Très belle structure épique, pas loin des moyens du muet. Grand film.