-La marque du tueur (1967). Enchainement très complexes de situations mafieuses et de règlements de compte entre tueurs. Guère d’autres personnages que des tueurs, numéro 3 contre numéro 1 dans des scènes de canardage tout à fait parodiques, très chorégraphiées et drôlement sonorisés. Dans les premiers temps du film, c’est incompréhensible et embrouillé, répétitif et l’action se déroule confusément, sans qu’on sache bien qui poursuit qui, et pourquoi au juste. Mais chaque séquence est très inventive, cadrages originaux et mouvements de caméra virtuoses : le pastiche et ses contraintes cèdent la place à la recherche formelle et à l’amusement du cinéaste. Par là-dessus : belles scènes de passion érotique, filmées comme des luttes charnelles ou des poursuites policières. Remarquables plans ‘vidés’ : lit impeccable quand la bataille amoureuse fait rage, paysages désertés aux ciels lavés, poursuites automobiles aux lignes de fuites infinies, étranges décors de papillons épinglés, etc. J’ai bien aimé la scène de bagnole où les grandes américaines, très ordinaires, sont remplacées par une 4 CV, incongrue. J’ai pris le phonogramme qu’on voit ici, surpris de ce détournement minimaliste de la voiture de mon père.
-Le vagabond de Tokyo (1967). Là encore, mais en couleurs (criardes, saturées, lâchées par grands à-plats) : mise en scène qui va bien plus loin que la parodie de série B annoncée, excessive et surprenante. Décors des années 60, costards impeccables de couleurs claires (le héros), meurtres chorégraphiés : deux clans s’opposent, un traditionnel, yakusas old school, plus lents, plus vieux, contre bandits d’honneur plus modernes, plus swing : chacun sa partition. C’est vraiment étonnant et la parodie de série B n’est pas ridicule. Appuyée certes, mais stylisées, pop art. Le héros est impassible, soumis à rude épreuve, mais cool : il porte ainsi une ironie pernicieuse et drôle, assez fine. Acidité des couleurs et causticité du point de vue : ça colle.
A sa sortie, le film a fait un four, et le studio Nikkatsu a pu exiger de Suzuki qu’il tourne le suivant (La marque du tueur) à l’économie, en noir et blanc. Voir plus haut ce qu’il a fait de cette contrainte supplémentaire.
Excellente programmation (mars 2026) du Lux de Valence, qui profite et accompagne la ressortie en salle de neuf films de Suzuki, dont cinq sont présentés dans cette rétrospective. Qui conduit à une découverte surprenante et très bienvenue.